ESSAI CLINIQUE INSTIN ( INtracavernous STem-cell INjection)
ClinicalTrials.gov Identifier: NCT01089387 http://clinicaltrials.gov/ct2/show/NCT01089387?term=yiou&rank=2 Résumé
La dysfonction érectile (DE) est une séquelle constante après ablation chirurgicale de la prostate pour cancer (prostatectomie radicale, PR). Elle est due à une lésion des pédicules nerveux végétatifs et/ou vasculaires péniens qui longent les faces latérales de la prostate avant d’atteindre les formations érectiles péniennes (corps caverneux, CC). La physiopathologie de la DE après PR est complexe. Elle implique une diminution de la concentration intra-caverneuse du principal médiateur de l’érection, le monoxyde d’azote (NO), d’origine neuronale et vasculaire. Par ailleurs, des études chez l’animal ont montré que la section des nerfs végétatifs péniens entraîne une apoptose des cellules musculaires lisses, endothéliales et des cellules du tissu conjonctif de soutien des CC (Fall et al. Europ Urol 2008). La perte de cellules musculaires lisses et conjonctives peut entraîner une incapacité à retenir le sang dans les CC lors d’une érection artificiellement provoquée; ceci se manifeste par une fuite veineuse pénienne détectable en écho-doppler. Enfin, la section des pédicules artériels péniens et la disparition des érections physiologiques peuvent aboutir à des lésions d’ischémie chronique avec fibrose des CC qui accentuent encore les fuites veineuses. Cette cascade d’événement cellulaire explique la rétraction du pénis dont se plaignent la plupart des patients après PR.
Le traitement de référence de la DE après PR non conservatrice des bandelettes neurovasculaires reste l’injection intra-caverneuse de substances vasodilatatrices (prostaglandine E1) que les patients s’auto-administrent. Les traitements per os (Ex : Sildénafil) sont en général peu efficaces si les bandelettes vasculo-nerveuses ont été endommagées. En cas de fuite veineuse ou d’insuffisance artérielle avérée, les injections intra-caverneuses sont généralement inefficaces. L’utilisation de pompe à vide (vacuum) avec anneau pénien compressif bloquant le retour veineux peut être proposée mais le taux d’abandon reste élevé car ce dispositif génère rapidement une lassitude. L’implantation d’une prothèse pénienne est alors le dernier recours. Ces traitements lourds entraînent un bouleversement de la vie de couple qui peut aboutir à un abandon de la vie sexuelle. Bien que l’utilisation régulière de traitements érectogènes puisse favoriser la réapparition d’érections naturelles, le taux réel de retour à une activité sexuelle pré-opératoire reste inférieur à 10% en cas d’anomalie vasculaire (insuffisance artérielle et/ou fuite veineuse) après PR non conservatrice.
La moelle osseuse continent plusieurs types de cellules souches ayant un potentiel thérapeutique dans le cadre de la DE post PR: il s’agit des cellules souches mésenchymateuses, des cellules souches hématopoïétiques et des cellules progénitrices endothéliales. Chacune de ces populations cellulaires a montré une capacité naturelle à se différencier en cellules endothéliales, musculaires lisses et conjonctives qui font justement défaut dans les corps caverneux après PR. Par ailleurs, il a été démontré dans d’autres contextes cliniques que ces trois populations cellulaires ont un effet trophique sur le système nerveux et vasculaire. L’ensemble des cellules souches médullaires peut être isolé à partir d’une ponction de moelle osseuse et gradient de Ficoll sous la forme d’une suspension de cellules nommées cellules médullaires mononuclées (CMM). L’injection de CMM pourrait donc trouver une indication dans la DE post-PR en réparant les lésions cellulaires à l’origine du trouble.
Nous avons montré à l’aide d’un modèle de DE post-PR chez le rat que l’injection de CMM entraîne (Fall et al. Europ Urol 2008): 1) une réduction significative du nombre de cellules en apoptose dans le pénis (cellules musculaires lisses, endothéliales et du tissu conjonctif) ; 2) une augmentation précoce des trois isoformes de la NOS pénienne (endothéliale, neuronale et intermédiaire) ; 3) une récupération de la fonction érectile.
Par ailleurs, nous avons effectué une étude préclinique chez le cochon pour évaluer la tolérance d’injections itératives de fortes doses de CMM humaines (doses injectées deux fois supérieures à la dose maximale prévue dans l’essai clinique) et vérifier la persistance des CMM (préalablement marquées au CFSE) au site d’injection. Nous avons montré chez 4 cochons la persistance de CMM CFSE+ et CD45+ (spécifique de cellules humaines) dans le pénis et l’absence diffusion des CMM dans les voies de drainage veineuses et lymphatiques du pénis ainsi que dans la prostate. Par ailleurs, nous n’avons noté aucune formation de thrombose ou de priapisme plusieurs semaines après l’injection. L’objectif de cet essai clinique de phase I-II est de tester la faisabilité et la tolérance de l’injection de CMM dans les CC pour le traitement de la DE après PR avec étude de titration.
Nous avons prévu d’inclure des patients présentant une DE post-PR en rapport avec une anomalie vasculaire (insuffisance artérielle et/ou veineuse). Trente et un patients ayant été opérés d’une PR avec lésion des pédicules neuro-vasculaires péniens seront inclus. Les principaux critères d’inclusion sont : une tumeur localisée à la prostate, une fuite veineuse et/ou une insuffisance artérielle (écho-doppler pénien), une insuffisance érectile ne réagissant pas aux traitements usuels (score IIEF-EF<10) et une fonction érectile préopératoire normale. Les CMM seront obtenues à partir d’une ponction de crête iliaque et injectées dans les CC au bloc opératoire le même jour (absence de phase de culture cellulaire). Quatre concentrations cellulaires seront testées par paliers successifs. Deux anesthésies seront réalisées pour le prélèvement et l’injection. Chaque patient ne recevra qu’une seule injection de CMM.
Le critère d’évaluation principal est la tolérance, évaluée sur l’apparition d’effets indésirables.
Les critères d’évaluation secondaires concernent l’efficacité du traitement évaluée par des auto-questionnaires validés (critères subjectifs), les mensurations du pénis (protection contre la rétraction du pénis post-PR) et les paramètres de l’examen écho-doppler pénien (critères objectifs). L’évaluation des critères secondaires et la logistique de l’essai seront assurées par le CIC de biothérapie du CHU Henri Mondor.
Cette stratégie thérapeutique pourrait constituer la première approche à visée curatrice de la DE post PR. En cas d’amélioration clinique, les indications pourraient s’élargir aux autres formes de DE organique comme celles du patient diabétique ou présentant une arthériopathie diffuse.
CRITERES D’INCLUSION
1. Hommes de 45 ans à 70 ans ayant une prostatectomie radicale avec lésion des pédicules neuro-vasculaires péniens datant d’au moins 6 mois et moins de 3 ans.
2. Cancer peu agressif et localisé à la prostate (analyse anatomo-pathologique de la pièce opératoire, bilan pré-opératoire): score anatomo-pathologique de Gleason ≤ 7, absence de franchissement de la capsule prostatique, absence d’envahissement ganglionnaire. PSA pré-opératoire < 10 ng/ml. Pas de localisation osseuse métastatique sur le bilan d’extension pré-opératoire (scintigraphie osseuse). PSA post-opératoire indétectable.
3. Fonction érectile pré-opératoire normale.
4. Insuffisance artérielle et/ou fuite veineuse constatée à l’écho doppler pénien (voir critères d’évaluation).
5. Echec des traitements usuels (IPDE-5, injections intracaverneuses, vacuum). CRITERES DE NON INCLUSION
• Critères d’inclusion non remplis.
• Incapacité à répondre aux questionnaires validés.
• Autre cause possible de dysfonction érectile organique associée apparus depuis la prostatectomie radicale (diabète, maladie neurologique, artériopathie).
• Malade sous anticoagulant ou présentant une hémopathie.
• Infection urinaire non traitée.
Rappels
sur la régénération des muscles striés squelettiques
Cellules musculaires
striées: fibres multinuclées
La régénération
des muscles striés squelettiques se fait à partir des
cellules satellites présentes autour des fibres musculaires.
En cas de
destruction musculaire, ces cellules sont activées (expression
de desmin, MyoD, Myf5), prolifèrent, se différencient
et fusionnent pour former de nouvelles fibres musculaires.
Introduction
Il est classiquement
admis que les cellules satellites et les fibres musculaires squelettiques
dérivent des somites
Le sphincter strié
urétral présente des particularités embryologiques
:
Développement
indépendant des somites: trans-différenciation des cellules
musculaires lisses urétrales (mesoderme sphlanchnique).
Développement
tardif, post-natal chez le rat.
Mise
en évidence de cellules satellites sphinctériennes de
souris sur culture de fibres isolées
Etude
de la régénération sphinctérienne in vivo
après injection d’une substance myotoxique:
mise en évidence de l’expression de gènes de différenciation
myogéniques standards
Modèle
de lésion sphinctérienne urétrale définitive
par électrocoagulation unilatérale chez le rat
Marquage
de cellules satellites issues de
muscles de la patte: Infection par un adénovirus porteur du gène
de la bêta-galactosidase
LacZ
L’injection
de cellules satellites issues de
muscles périphériques et porteuses du gène de la
ß-galactosidase dans un sphincter détruit aboutit á
la formation de nouvelles fibres musculaires
J
5 post-injection
J
30 post-injection
Les
fibres musculaires nouvellement formées possèdent des
récepteurs a l’acétylcholine et ont stimulé
leur propre innervation
Triple
marquage après injection de cellules satellites porteuses du
gène de la ß-galactosidase dans un sphincter lésé
montrant que les fibres nouvellement formées sont innervées
et fonctionnelles (repérage des cellules injectées (Xgal,
bleue), marquage neuronal (Neurofilament) et des plaques motrices (AchR))
Conclusions
Le
sphincter strié urétral régénère
selon un processus myogénique standard malgré une origine
embryologique non somitique
Des cellules satellites
issues de muscles périphériques peuvent faire régénérer
un sphincter irréversiblement détruit
La thérapie
cellulaire par greffe de cellules satellites est un traitement prometteur
de l’insuffisance sphinctérienne