Epidémiologie et traitements actuels de l’incontinence
urinaire d’effort
L’incontinence
urinaire affecte 10% des femmes actives et 40% des femmes de plus
de 60 ans, soit au total près d’1,5 millions de femmes
en France (Thomas et al., 1980). Une enquête SOFRES (1995) a
révélé que, pour faire face aux fuites, la plupart
des femmes choisissent le port de protections (62,1%) ; certaines
femmes ont recours aux médicaments (27,6%), à la rééducation
(26%) ou à la chirurgie (5,9%) et 8,5% d’ente elles s’abstiennent
de toute prise en charge. L’incontinence urinaire est souvent
vécue comme une fatalité, véritable conséquence
de la maternité ou du vieillissement. Pourtant, il a été
clairement établi que l’incontinence urinaire peut altérer
sévèrement la qualité de vie en retentissant
sur la vie professionnelle, sociale, affective, et émotionnelle
(Amarenco et al., 2003).
Les dépenses publiques allouées à l’incontinence
urinaire s’élèvent à plus de deux milliards
d’Euros par an en France. Il s’agit donc d’un véritable
problème de santé publique.
Les principaux facteurs étiologiques de l’incontinence
urinaire sont les traumatismes obstétricaux, les accouchements
multiples et la chirurgie pelvienne, en raison des dommages musculaires
et aponévrotiques qu’ils engendrent (Parazzini et al.,
2000). Une hypermobilité vésico-urétrale et/ou
une insuffisance sphinctérienne urétrale sont présentes
dans la majorité des cas. L’insuffisance sphinctérienne
urétrale est le résultat d’une baisse du tonus
sphinctérien. Parmi les principales options thérapeutiques
– médicaments, rééducation et chirurgie
– seule la chirurgie a démontré une réelle
efficacité dans les formes sévères d’insuffisance
sphinctérienne. La mise en place d’une bandelette sous
urétrale synthétique ou aponévrotique ou l’injection
intra urétrale de substances inertes, visant à augmenter
la résistance à l’écoulement urinaire,
constituent les traitements chirurgicaux de premières intentions.
Cependant, le taux de récidives à long terme de ces
techniques est relativement élevé ou encore mal évalué
(Haab et al., 1996; Mondet et al., 2000). L’implantation d’un
sphincter artificiel constitue le dernier recours, mais il s’agit
d’une intervention relativement lourde nécessitant une
parfaite compréhension du dispositif par la patiente et dont
le devenir à très long terme reste incertain, ce qui
limite leur utilisation chez des patients jeunes.
Chez l’homme, l’incontinence urinaire survient habituellement
après une intervention sur la prostate lorsque le sphincter
urétral a été lésé (Ficazzola et
al., 1998). La rééducation ou des injections urétrales
sont rarement efficaces et la seule possibilité thérapeutique
est bien souvent la mise en place d’un sphincter artificiel.
But et
justification de la recherche
Le
but du projet présenté est de restituer chez des patients
incontinents une tonicité sphinctérienne physiologique
par une autogreffe de cellules précurseur musculaire (cpm)
extraites de muscles périphériques.
La recherche effectuée dans le cadre de la thérapie
cellulaire des myopahties génétiquement déterminées
a permis de mettre au point l’injection de cpm pour combler
un déficit génétique (Partridge et al., 1978,
1981 ; Gussoni et al.,1999) et pour réparer des muscles défectueux
(Arcila et al., 1997 ; Wernig et al., 2000 ). Des essais encourageants
ont été effectués chez l’homme dans le
traitement de l’insuffisance cardiaque (Menasche et al., 2001)
L’insuffisance sphinctérienne urétrale peut être
considérée comme une myopathie complexe affectant un
petit muscle (Hale et al., 1999) et est donc candidate pour un traitement
par injection de cpm.
Depuis 1998, le Dr. R. Yiou (chef de clinique en urologie) a initié
une activité de recherche au Centre de Recherches Chirurgicales
de l’hôpital Henri Mondor dans le but de mettre au point
les bases anatomiques et biologiques de la thérapie cellulaire
de l’insuffisance sphinctérienne.
Nous avons montré que le sphincter strié urétral,
bien qu’ayant une origine embryologique différente (mésoderme
splanchnique) des muscles striés squelettiques (somites), dispose
d’un programme de différentiation myogénique standard
impliquant l’activation de cellules précurseurs musculaire
sphinctériennes intrinsèques (cellules satellites) (Yiou
et al., Anatomy and Embryology, 2003). Ce travail a ouvert de nouvelles
perspectives de traitement de l’insuffisance sphinctérienne
s’inspirant des connaissances acquises dans le cadre des myopathies
génétiquement déterminées ; en effet,
des traitements connus pour favoriser la régénération
des muscles striés squelettiques et agissant directement ou
indirectement sur les cpm sont désormais applicables au sphincter
strié urétral. A ce titre, nous précédemment
avons montré à l’aide d’un modèle
de lésion sphinctérienne transitoire chez la souris,
que des cpm extraites de muscle de la patte interagissent avec les
cpm sphinctériennes pour former de nouvelles fibres musculaires
mosaïques et accélérer le processus de régénération
(Yiou et al., 2002). Nous avons ensuite testé une lésion
irréversible entraînant une fibrose et dénervation.
Nos expériences ont établi que des cpm injectées
peuvent se développer dans ce contexte et activent le bourgeonnement
des terminaisons nerveuses locales résiduelles (Yiou et al.,
Transplantation, 2003). Ceci aboutit à la formation de nouvelles
fibres musculaires innervées qui augmentent la force de contraction
sphinctérienne obtenue par stimulation électrique. Ces
résultats donnent une justification à la greffe de cpm
dans le traitement de l’insuffisance sphinctérienne car
cette pathologie se caractérise sur le plan histopathologique
par une perte de fibres musculaires et d’une dénervation
chronique (Hale et al., 1999).
L’objectif principal du projet présenté est de
démontrer qu’une greffe de cpm peut reconstituer un sphincter
physiologique, c'est-à-dire capable de développer une
activité tonique basale permanente assurant la continence urinaire.
La notion d’activité tonique sphinctérienne constitue
la principale originalité de ce projet de greffe de cpm. En
effet, les fibres musculaires sphinctériennes sont de type
I (fonctionnement en mode anaérobie) et ont donc la particularité
d’exercer des contractions toniques prolongées (Gosling
et al., 1981). S’il est bien établi que la greffe de
cpm peut améliorer la force de contraction électrostimulée
d’un muscle squelettique détruit (contraction de type
tétanique) (Wernig et al., 2000), il reste à déterminer
si le tonus basal du muscle est aussi modifié. En d’autres
termes, les cpm injectées dans un sphincter urétral
ont-elles la capacité de former des fibres de type I ? Les
résultats de nos travaux préliminaires concernant l’action
trophique des cpm sur les terminaisons nerveuses résiduelles
chez le rat permettent d’envisager cette éventualité.
En effet, il a été montré que le phénotype
des fibres des muscles squelettiques était fortement conditionné
par le mode d’innervation (Wang et al., 2002). Il est donc envisageable
que la réinnervation de fibres musculaires par le bourgeonnement
des terminaisons résiduelles oriente leur différenciation
terminale vers un type I.
Afin de développer un modèle pré-clinique d’insuffisance
sphinctérienne, nous avons étudié au cours de
l’année 2002-2003 (DEA du Dr L. Zini), les caractéristiques
morphologiques et urodynamiques de l’appareil sphinctérien
de la truie, puis nous avons évalué à l’aide
de ces méthodes une lésion sphinctérienne par
électrocoagulation. Il a été établi que
le sphincter strié urétral de cet animal présente
des ressemblances avec le sphincter de l’homme ; en particulier,
il est composé d’une forte proportion en fibres de type
I et a une forme identique. Enfin nous avons établi que la
lésion sphinctérienne par électrocoagulation
entraîne une abolition du tonus sphinctérien et une perte
définitive des fibres musculaires et de leur innervation. Il
s’agit donc d’un modèle animal intéressant
pour une étude de la biologie de greffe intra sphinctérienne
de cpm. Cette évaluation sera réalisée au cours
de l'année 2003-2004.
Perspectives
La
greffe de cellules précurseur musculaire apparaît comme
un traitement prometteur de l'insuffisance sphinctérienne car
elle pourrait corriger l'anomalie histopathologique responsable du
développement de cette pathologie.
D’autres pathologies pourraient bénéficier de
cette recherche, telles que les insuffisances sphinctériennes
anale ou oesophagienne. Des collaborations sont actuellement en cours
pour élargir le champ d’action de la thérapie
cellulaire par autogreffe de cpm.
Ce travail fait appel à des collaborations étroites
entre les services suivants du CHU Henri Mondor :
• Centre de Recherches Chirurgicales (Pr. D. Chopin) : expérimentation
animale et culture cellulaire.
• Service d’Urologie (Pr. C.C. Abbou). Unité d’Urodynamique
dirigée par le Dr. R. Yiou (Principal investigateur du projet).
• Service d’Histologie et d’Anatomopathologie (Pr.
R. Gherardi) : analyse histologique des sphincters lésés
et traités. Typage des fibres musculaires sphinctérienne.
• Service d’explorations fonctionnelles (Dr. J.P. Le faucheur)
et Unité INSERM 492 (Pr. S. Adnot) : partie exploration électrophysiologique
sphinctérienne.
• Unité de thérapie cellulaire (Dr. H. Rouard)
: contrôle qualité des cellules précurseur musculaire
à injecter et culture en milieu de type grade clinique.
Collaborations avec services extérieurs :
• Service d’Urologie de CHU de Lille (Dr. L. Zini, DEA
2002- 2003 et actuellement en thèse sur ce projet au centre
de Centre de Recherches Chirurgicales de l’hôpital Henri
Mondor).
• Ecole vétérinaire de Maison Alfort : Dr. C.
Lecoeur, DEA 2003-2004, Dr. B. Klonjkowski (mise au point de vecteurs
viraux), Pr. H. Combrisson pour la réalisation des bilans urodynamiques.
• Institut d’anatomie de la Faculté des Saints
Pères (Dr. J.F. Uhl et Pr V. Delmas, Université Paris
V) : reconstruction 3D à partir de coupes histologiques sphinctériennes.
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