date
de création : 16/12/2008
Néphrolithotomie
percutanée en décubitus dorsal (NLPC selon la technique
de Valdivia)
Docteur András
HOZNEK praticien hospitalier
Rappel historique
La
néphrolithotomie percutanée (NLPC) a été
décrite pour la première fois en 1976 par Ferström
et Johansson(1). Les premières interventions ont été
réalisées en décubitus dorsal. Quelques années
plus tard, avec la standardisation de la technique par Alken(2), Segura(3)
et Smith(4), c’est la position en décubitus ventral qui
a été universellement acceptée, toutefois, sans
rationnel scientifique. Dans certains centres, cette chirurgie continue
d’être réalisée en deux étapes et par
deux équipes distincts : la ponction est faite par le radiologue,
puis l’intervention elle-même est réalisée
par l’urologue(5-7).
Plus
récemment, d’autres voies d’abord ont été
décrites, comme le décubitus ventral avec les jambes écartées(8;9)
ou le décubitus latéral(10;11). En 1987 Valdivia-Uria
décrit une technique qui consiste à installer le patient
sur le dos évitant ainsi le repositionnement après la
montée de sonde urétérale. Malgré la publication
il y a dix ans d’une série de 557 patients, cette technique
ne s’est pas répandue(12).
Depuis
2007, parallèlement aux progrès des techniques endourologiques
telles que l’urétéro-rénoscopie flexible
ou l’urétéroscopie associé au laser holmium,
on observe un regain d’intérêt pour une position
qui réunit les avantages d’un abord antérograde
et rétrograde des voies urinaires(13).
Devons
nous changer notre façon de faire les NLPC et comment alors l’effectuer?
Quelle est la courbe d’apprentissage ?
Nous
passerons en revue les avantages et les inconvénients du décubitus
dorsal pour la réalisation des NLPC puis, nous décrirons
la technique opératoire en détail.
NLPC en décubitus dorsal: avantages
Installation,
ergonomie
L’installation du patient se fait en un seul temps, est plus facile
et plus rapide, le nombre de personnes nécessaire est réduit.
Cette position permet de gagner environ 20-40 minutes par rapport à
la position standard (14;15)
Du point de vue anesthésique, les voies respiratoires sont mieux
contrôlées. L’absence de repositionnement lors de
la désinstallation limite les éventuels problèmes
d’anesthésie lors du réveil.
En décubitus ventral, l’anesthésie est plus dangereuse
en raison des difficultés de ventilation et de circulation. Le
repositionnement est réalisé avec un patient sous anesthésie
générale, intubé. Il comporte le risque de luxation
des bras. Les points de pression sont plus difficiles à protéger.
Néanmoins, le risque de compression nerveuse n’est pas
totalement écarté en position de Valdivia non plus: si
l’intervention est longue, le nerf péroné peut être
endommagé, de façon réversible la plupart du temps(16).
L’étape critique de la chirurgie percutanée, est
la ponction des cavités. En position de Valdivia, le rein est
plus proche de la peau. Le colon « flotte » de par son contenu
en gaz et de par l’absence de compression abdominale, ce qui expliquerait
pour certains la diminution du risque de plaie intestinale(14). Des
études scannographiques ont montré, que l’incidence
du colon rétro-rénal était diminuée en décubitus
dorsal(17-19). La plupart des auteurs recommande de réaliser
la ponction sur la ligne axillaire postérieure(12;20), mais pour
certains, la ponction peut se faire de façon plus antérieure,
c'est-à-dire la ligne axillaire moyenne (7).
Pendant l’intervention, le néphroscope est dans le plan
horizontal donc les mains du chirurgien sont en dehors du champ des
rayons-X. Le trajet de l’Amplatz est horizontal voire légèrement
déclive, ce qui pourrait théoriquement faciliter l’évacuation
des petits fragments.
Un accès urétrale est possible tout au long de l’intervention.
On peut donc être tenté d’associer une urétéroscopie
flexible afin de vérifier le site de ponction et d’avoir
accès au calice supérieur. Il est aussi possible de traiter
simultanément d’éventuels calculs de l’uretère
homolatéral ou controlatéral par urétéroscopie
semi-rigide.
Résultats
La plupart des études disponibles sont prospectives et non comparatives.
Les résultats semblent être équivalents à
ceux obtenus avec la technique standard : le taux de succès est
de 89-95%, le taux de transfusion est de 3-3,7%(21). Aucune complication
digestive n’a été rapportée dans les séries
de NLPC en position de Valdivia. La médiane du temps nécessaire
pour la ponction des cavités est de 5 minutes, identique à
celle de la technique standard (21;22).
Quelques rares études comparatives ont aussi été
publiés: Shoma a comparé les caractéristiques et
les résultats de 53 patients opérés en décubitus
dorsal à ceux de 77 patients opérés en décubitus
ventral(23). Le taux de succès était de 89% et 84% respectivement.
Sio a comparé de manière randomisée 39 patients
opérés en position de décubitus dorsal à
36 en décubitus ventral(15). Le taux de succès complet
était de 88,7% versus 91,6% respectivement. La seule différence
statistiquement significative était en faveur de la position
en décubitus dorsal : la durée opératoire passait
de 68 minutes en décubitus ventral à 43 minutes en décubitus
dorsal.
Les
inconvénients
Dans
certains centres, la NLPC se fait en deux étapes : la ponction
des cavités est réalisée par un radiologue, la
dilatation de l’accès et l’intervention elle-même
est réalisée par l’urologue. Au cours de l’intervention,
il n’y a donc qu’une seule installation donc la position
dorsale perd beaucoup de son intérêt.
En décubitus ventral l’espace est plus large pour choisir
le site de ponction, cette voie offre aussi plus de liberté pour
la manipulation des instruments
En position de Valdivia, les calices antérieurs peuvent être
plus difficiles à explorer avec le néphroscope en raison
des possibles collisions de l’instrument avec la table opératoire.
S’il persiste des fragments résiduels en fin d’intervention
dans ces calices, certains proposent soit une urétéro-rénoscopie
flexible(13), soit de réaliser une NLPC de second look, avec
cette fois le patient en décubitus ventral(7). Néanmoins,
vu le calibre réduit de l’urétéroscope flexible
et de la fibre laser, la fragmentation du calcul est lente ce qui aboutit
à une augmentation de la durée opératoire. Autrement
dit le temps que l’on gagne au cours de l’installation est
perdue au cours de l’urétérorénoscopie flexible.
En plus, puisqu’il est aussi possible d’introduire un cystoscope
flexible de plus gros calibre pendant une NLPC en décubitus ventral,
l’intérêt d’une urétéroscopie
flexible par voie rétrograde est remis en question. Si on décide
malgré tout d’utiliser un urétéroscope flexible
pour accéder aux calices qui posent problème, il vaut
mieux s’efforcer de déplacer le calcul dans le bassinet
ou même le pousser vers l’extérieur à travers
l’Amplatz (figure 5).
Selon une récente méta-analyse réalisée
par de la Rosette l’avantage du décubitus dorsal ne se
retrouve pas chez tous les patients. Le décubitus ventral semble
être plus avantageux chez le patient obèse ou en cas de
calcul coralliforme, aussi bien en terme de durée opératoire
que d’efficacité(24).
Bien que la NLPC bilatérale soit rarement indiquée, (25;26),
cette technique n’est pas envisageable en décubitus dorsal.
Pour certains, le décubitus ventral a pour avantage de bloquer
le rein et de le rendre moins mobile. En position de Valdivia, la mobilité
accrue du rein lors du franchissement de la capsule rénale avec
les dilatateurs téléscopiques peut être gênante(23).
Pour remédier à ce problème, il est possible de
fixer le rein par compression manuel de la paroi abdominale. Dans notre
expérience, nous n’avons pas rencontré cette difficulté,
car nous utilisons systématiquement un ballon de dilatation.
La majorité des séries utilisant la position de Valdivia
décrit une ponction par le calice inférieur. Pour traiter
des calculs des calices supérieurs ou antérieurs, une
urétéroscopie flexible a été souvent utilisée;
jusqu’à 1/3 des cas. La ponction du groupe caliciel supérieur
est difficile voire impossible en décubitus dorsal, car le pôle
supérieur du rein est plus médian et postérieur
(7). Or ce site d’entrée est quelquefois privilégié,
car il permet d’accéder directement au bassinet et à
la portion souspyélique de l’uretère (27)
En décubitus dorsal, du fait de la diminution de la pression
dans les cavités, celles-ci sont collabées, la visibilité
peut être diminuée. Cette baisse de pression est probablement
aussi responsable de l’apparition de bulles surtout lorsque l’on
utilise le fragmentateur à ultrasons.
Technique
opératoire
Nous
décrivons la technique de Valdivia, et la façon dont nous
l’avons adapté dans notre établissement.
En dehors d’un cliché d’ASP, il est utile de prescrire
une TDM avec ou sans injection, afin d’apprécier les rapports
du colon avec le rein et de planifier le site de ponction(28;29). La
veille de l’intervention la ligne axillaire postérieure
est tracée au dermographe sur un patient debout.
Sous anesthésie générale, le patient est installé
en position de lithotomie modifiée (de manière semblable
à une urétéroscopie semi-rigide). La jambe du coté
du calcul est en extension.

La
hanche et l’épaule sont surélevées avec des
draps pliés ou une poche de liquide de perfusion, permettant
de tourner le patient de 20 à 30 degrés. Pour favoriser
davantage la surélévation de la région lombaire,
on effectue aussi un léger roulis de la table opératoire.
Le bras homolatéral croisé au dessus du thorax, comme
lors d’une lombotomie.

La mise en place des champs doit donner accès à la région
lombaire et doit également permettre un abord endoscopique transuréthral.
L’intervention débute par une cystoscopie avec urétéro-pyélographie
rétrograde puis par la montée d’une sonde urétérale.
Contrairement à nos habitudes de la technique standard, nous
ne connectons pas de perfusion de produit contraste colorié à
la sonde urétérale. L’opacification des cavités
se fera au cours de l’intervention par une seringue, à
la demande.
La ponction se fait sous double contrôle, échographique
et amplificateur d’image. Le plus souvent, c’est le calice
postérieur du groupe caliciel inférieur qui est ponctionné,
en partant de la ligne axillaire postérieure, préalablement
repérée. Lors de cette ponction, en règle générale,
l’aiguille est dans le plan horizontal. Pendant cette étape,
certains préfèrent laisser l’amplificateur d’image
en position verticale c'est-à-dire perpendiculaire à l’aiguille.
L’inconvénient de cette vue est la projection du bassinet
(et du calcul) sur la colonne vertébrale, ce qui permet moins
d’identifier les fragments lithiasiques en cours d’intervention.
Pour obtenir une vue antéropostérieure, l’arceau
doit être incliné de 20 à 30 degrés. La difficulté
que nous avons rencontrée avec l’arceau incliné
est la projection du cadre métallique de la table opératoire
sur l’espace de travail.
La dilatation du trajet se fait selon les techniques habituelles. Nous
utilisons pour notre part un ballon de dilatation. La chirurgie percutanée
elle-même est très semblable à celle effectuée
en position de décubitus ventral. Cependant, les cavités
rénales ont tendances à se vider du fait de la position
horizontale ou même déclive de l’Amplatz. Lorsqu’on
utilise le fragmentateur à ultrasons avec l’aspiration,
des bulles d’air peuvent gêner la vision. Plusieurs astuces
peuvent être utilisées pour remédier à ces
désagréments : le robinet d’évacuation du
néphroscope doit rester fermé ; on peut aussi connecter
une perfusion à la sonde urétérale, ce qui a pour
avantage de maintenir un flux continu de liquide du rein vers l’extérieur.
On peut également accentuer le roulis de la table opératoire
vers le côté opposé du site opératoire.
L’autre
limitation de cette technique est la possibilité de collision
entre le néphroscope et la table opératoire, ce qui peut
rendre l’accès des calices antérieurs difficile,
voire impossible (figure 3-4). Bien entendu, on peut toujours faire
appel à l’urétéro-rénoscopie flexible
ou à l’utilisation d’un cystoscope flexible (figure
5), mais dans ce cas la durée opératoire est allongée
ce qui remet en question le principal avantage du décubitus dorsal.
Pour diminuer ce risque de collision, deux solutions sont possibles
: soit le patient doit être incliné d’avantage, soit
il doit être installé plus proche du bord de la table.

Courbe
d’apprentissage
Dans
notre centre, l’abord percutané du rein en décubitus
dorsal n’était pas totalement inconnu, car nous l’avons
déjà utilisé plusieurs fois chez des patients greffés.
Au cours de ces interventions, nous avons pu apprécier le confort
et les avantages d’avoir un accès urétral simultané
et permanent. Par ailleurs, même si notre expérience de
la NLPC reposait majoritairement sur la position en décubitus
ventral, l’adaptation de la technique au décubitus dorsal
était d’une simplicité surprenante. Pour diminuer
la courbe d’apprentissage, nous avons choisi comme premier cas
un patient qui avait déjà une néphrostomie en place
à la suite d’une pyélonéphrite aigue sur
obstacle. Il suffisait de dilater le trajet et de placer un Amplatz.
Au cours des interventions ultérieures, nous avons pu constater
que la ponction des cavités et la création d’accès
n’est ni plus difficile, ni plus facile qu’au cours de la
technique standard.
Conclusion
:
La
néphrolithotomie percutanée en décubitus dorsal
présente des avantages évidents : facilité d’installation,
gain de durée opératoire et risques diminués sur
le plan de l’anesthésie. Même si dans certains cas
il persiste des doutes quant à son efficacité, cette technique
est séduisante. Il est très probable, que dans les années
à venir, cette voie d’abord fera partie de notre routine
quotidienne. L’exclusivité de la néphrolithotomie
en décubitus ventral semble compromise.
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