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Modifié le : 12 Février, 2016
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Hypertrophie bénigne de la prostate du point de vue recherche

Alexandre de la TAILLE, Praticien Hospitalo-Universitaire

Introduction

L’hyperplasie bénigne de prostate (HBP) est l’affection la plus fréquente de l’homme âgé : 70% des hommes de plus de 60 ans et 90% des plus de 70 ans ont histologiquement une HBP [Carter 90]. Les manifestations cliniques sont par contre extrêmement variables d’un individu à l’autre allant de l’absence totale de signes cliniques malgré un volume prostatique élevé pour certains, à une dégradation significative de leur qualité de vie avec un faible volume prostatique pour d’autres. Le traitement repose dans un premier temps sur le traitement médical agissant de façon différente sur la glande prostatique (les alpha-bloquants, les inhibiteurs de la 5alpha réductase ou les extraits de plantes). En seconde intention, le traitement chirurgical par résection endoscopique ou adénomectomie est préconisé en cas d’HBP compliquée ou d’HBP invalidante pour laquelle le traitement médical n’a pas amélioré la gêne clinique.

Les mécanismes moléculaires du développement de l’HBP sont encore imparfaitement connus mais le rôle des androgènes et le facteur racial semblent être des points clés. Il est probable que certaines voies moléculaires doivent être activées afin d’aboutir au développement de l’HBP.

L’hypothèse fondamentale de ce projet repose sur l’existence d’un ensemble de gènes et de protéines impliqués dans l’HBP, distincts de ceux rencontrés dans le cancer de prostate et dans le tissu prostatique histologiquement normal. Cette véritable «signature moléculaire» pourrait jouer un rôle dans le développement et la progression de l’HBP, mais aussi constituer un marqueur pronostic et une cible thérapeutique potentiels. L’avènement de nouvelles techniques d’explorations génomiques et protéiques apporte de grands espoirs de découvertes dans ce domaine.

Des spécimens d’HBP seront analysés sur des micropuces à ADNcomplémentaire de 20K. Les principales étapes de ce travail seront les suivantes:

Etat des connaissances

L’hypertrophie bénigne de prostate est définie par une hypertrophie stromale et épithéliale au sein de la glande et par l’apparition progressive de symptômes urinaires. Comme beaucoup d’organes, le nombre de cellules prostatiques est dépendant de l’équilibre entre la prolifération et l’apoptose, mort cellulaire [Isaacs 1987]. L’augmentation du volume de la glande prostatique passe donc par une augmentation de la prolifération mais aussi par une diminution de l’apoptose.

1 – Rôle des androgènes

Un premier facteur a été incriminé: la testostérone [McConnell 1995, Marcelli 1999]. Cette dernière est bien connue pour pouvoir sur des modèles expérimentaux augmenter la prolifération et inhiber l’apoptose. Son action dans l’HBP reste encore discutée car il ne semble pas avoir au sein de l’HBP une activation du processus de prolifération. Il est cependant possible que l’HBP passe par des phases de prolifération intensive augmentant son volume puis se stabilisant par l’équilibre apoptose/prolifération [Isaacs 1984].

Les patients castrés avant la puberté ou atteints de maladie génétique interagissant avec la production ou l’action des androgènes ne développent pas d’HBP. La diminution de la testostéronémie aboutit à une réduction de l’HBP [Peters 1987, McConnell 1994]. Dans le cerveau, le muscle et l’épithélium des tubes séminifères, la testostérone agit directement alors que dans la prostate, cette hormone doit être transformée par la 5 alpha réductase en dihydrotestostérone pour être le métabolite actif [McConnell 1995]. Dans la cellule, la DHT ou la testostérone se lient à des récepteurs ou des protéines ayant des affinités [McKeehan 1984]. Il est cependant difficile d’établir un lien direct entre la testostérone ou la DHT et l’HBP chez l’homme vieillissant. Cependant, plusieurs facteurs de croissance sont régulés de la testostérone (cf infra).

Le récepteur des androgènes garde au sein de la prostate une expression constante avec l’âge contrairement par exemple à la verge où son expression diminue après la puberté [Roehrborn 1987, Takane 1999]. Certaine étude suggère que le récepteur des androgènes a une expression augmentée dans l’HBP par rapport au tissu sain [Barrack 1983]. Les augmentations liées à l’âge de l’estrogènes tout comme d’autres facteurs pourraient augmenter l’expression des récepteurs des androgènes dans la prostate du patient âgé aboutissant à une croissance (ou à une réduction de la mort cellulaire) et ce malgré une diminution des androgènes circulants et une niveau de DHT intraprostatique normal. Le lien entre le nombre de séquences répétées de CAG et l’augmentation du volume de la prostate ainsi que du risque de chirurgie liée à l’HBP a été soulignée par 2 études [Giovannucci 1999a, Giovannucci 1999b] mais contredite par une troisième [Bousema 2000].

La concentration de DHT intra prostatique est maintenue et non augmentée dans l’HBP [Walsh 1983]. Ces auteurs ont démontré que le niveau de DHT est le même dans les glandes adénomateuses par rapport aux glandes normales.

Deux enzymes 5a–réductases ont été découvertes sur 2 gènes différents [Russell 1994]. La 5a-réductase de type 1 est prédominante dans les tissus non prostatiques tels que la peau ou le foie et reste exprimée en cas de syndrome de déficience en 5a-réductase. Le type 2 est par contre prédominant dans le tissu prostatique mais aussi dans les tissus non prostatiques. Les mutations du gène de cette enzyme sont responsables du phénotype observé dans le syndrome de déficience en 5a-réductase. En utilisant un anticorps anti 5a–réductase de type 2, le marquage immunohistochimique est essentiellement dans le stroma, sur les cellules basales mais de façon non uniforme et ce marquage est absent dans les cellules épithéliales [Silver 1994]. L’enzyme de type 2 peut être inhibée par le finastéride contrairement à l’enzyme de type 1. L’enzyme de type 2 est critique pour le développement normal de la prostate et de l’HBP ce qui n’est pas le cas de l’enzyme de type 1 dont le rôle exact reste à préciser.

Les cellules stromales ont elles aussi un rôle central dans le développement de la prostate dépendant des androgènes par un phénomène paracrine. Il est aussi possible que la DHT circulante produite par la peau et le foie puisse agir sur les cellules épithéliales prostatiques [McConnell 1995]. Il est alors suggéré que les inhibiteurs de la 5a–réductase de type 1 et 2 puissent agir à la fois sur la DHT intraprostatique mais aussi sur la production de DHT par les cellules non prostatiques.

Enfin il convient de souligner l’importance de la vascularisation prostatique sensible à la présence ou l’absence des androgènes : il a été en effet démontré que la castration induisait une vasoconstriction et une destruction des cellules endothéliales [Buttyan 2000, Hayek 1999, Shabisgh 1999, Burchardt 2000].

2 – Rôle des oestrogènes

Dans les modèles expérimentaux chez l’animal, il a été suggéré que les oestrogènes pourraient jouer un rôle dans la genèse de l’HBP. Chez le chien, il est possible de développer une HBP en les traitant par oestrogènes capables de stimuler les récepteurs des androgènes [Moore 1979, Barrack 1987]. La prostate canine contient des récepteurs des oestrogènes de très grande affinité et en très grand nombre. Les oestrogènes pourraient stimuler le stroma et augmenter le collagène

Chez l’homme, le rôle des oestrogènes est plus controversé. Les taux sériques d’oestrogènes augmentent avec l’âge. Au niveau de la cellule prostatique, il existe une augmentation des taux d’oestrogènes dans l’HBP et les patients ayant un volume prostatique important tendent à avoir un taux sérique d’oestrogènes plus important [Partin 1991]. Cependant, contrairement à la prostate canine, la quantité des récepteurs des oestrogènes à forte affinité est faible [Sciarra 2000, Farnsworth 1999].

3 Apoptose

Les androgènes dont la testostérone et la DHT sont capables de supprimer l’apoptose de la glande prostatique [Lee 1990]. Après castration, il existe une apoptose intense des cellules épithéliales. Tenniswood [Tenniswood 1992] a suggéré qu’il existe un contrôle régional de la réponse épithéliale en amont de l’action des androgènes et que ces androgènes pourraient moduler cette influence par la production locale de facteurs de croissance tels que le TGF-ß (TGF-ß) [Martikainen 1990]

Dans la prostate de rat, plus de 25 gènes différents sont induits après castration [Montpetit 1986]. L’homéostasie de la glande normale implique une balance entre les inhibiteurs de la croissance et les mitogènes qui respectivement restreignent ou induisent la prolifération cellulaire mais aussi préviennent ou modulent la mort cellulaire. Les morphotypes d’hyperplasie tels que l’HBP pourraient être induits par des facteurs de croissance locaux ou des anomalies des récepteurs des facteurs de croissance aboutissant à une prolifération plus importante ou un niveau plus faible d’apoptose.

4 – Interaction stroma-épithélium

Il existe des preuves scientifiques mettant en évidence les interactions paracrines complexes entre le stroma et l’épithélium. Chez le chien, la croissance de l’épithélium est régulée par des interactions cellulaires avec la membrane basale et les cellules stromales. Isaacs, utilisant un marqueur de la fonction de la cellule épithéliale prostatique a démontré que les cellules épithéliales croissent plus vite sur du plastic et perdent leur habilité à secréter cette protéine [Isaacs 1987]. De plus, les cellules commencent à croître rapidement et changent leurs cytosquelettes. Au contraire, quand les cellules croissent sur du collagène prostatique, elles maintiennent leur capacité sécrétoire normale et leur aspect normal du cytosquelette sans croître rapidement. Il est donc probable qu’une des protéines de la matrice extracellulaire (cellules stromales) régule partiellement la différenciation de la cellule épithéliale. Il se pourrait que l’HBP résulte d’un déficit du compartiment stromal qui normalement inhibe la prolifération cellulaire.

D’autres preuves de l’importance des interactions stroma-épithélium prostatiques sont avancées par les travaux de Cunha [Cunha 1983] qui démontre l’importance du mésenchyme prostatique embryonnaire dictant la différenciation du sinus urogénital épithélial [Cunha 1983]. Le processus de formation de nouvelles glandes dans l’HBP suggère une réactivation d’un processus embryonnaire dans lequel le stroma prostatique induit le développement des cellules épithéliales [Cunha 1983, McNeal 1990]. De nombreuses interactions stroma-épithélium durant le développement normal de la prostate ou de l’HBP sont médiées par des facteurs de croissance solubles ou par la matrice extracellulaire [Silver 1994].

5 – Facteurs de croissance

Les facteurs de croissance sont capables de stimuler ou d’inhiber les processus de division cellulaire et de différenciation [Steiner 1995]. Story et Lawson ont les premiers démontré que des extraits d’HBP peuvent stimuler la croissance cellulaire in vitro. Leurs analyses ont permis de mettre en évidence le basic fibroblastic growth factor (bFGF) [Story 1989]. Depuis, plusieurs autres facteurs de croissance ont été caractérisés dans le tissu prostatique normal, hyperplasique ou néoplasique. Certains d’entre eux tels que le FGF-1, FGF-3, le KGF (keratinocyte growth factor, FGF-7), le TGF-ß (transforming growth factors), et l’EGF (epidermal growth factor) ont été impliqués dans la croissance prostatique. Le TGF-ß est un inhibiteur de la prolifération des cellules épithéliales normales. Dans le cancer de la prostate, les cellules tumorales sont capables d’échapper à l’effet inhibiteur du TGF -ß [McKeehan 1988]. Dans l’HBP, il existe des phénomènes similaires aboutissant à une accumulation de cellules épithéliales [Salm 2000, Kundu 2000]. Ces facteurs de croissance pourraient aussi jouer un rôle important en modulant le phénotype des cellules musculaires lisses prostatiques [Peehl 1998].

Dans l’HBP, la prolifération cellulaire pourrait jouer un rôle important et certains facteurs sont capables de stimuler la croissance tels que le bFGF, l’EGF, le KGF et l’IGF (insulin-like growth factor) eux-mêmes modulés par la DHT. Le TGF-ß, connu pour inhiber la prolifération cellulaire épithéliale, pourrait avoir un effet de réduction de la prolifération épithéliale, action perdue ou diminuée dans l’HBP [Sporn 1990, Sporn 1991; Wilding 1989, Peehl 1995].

TGF-ß1 est un mitogène pour les fibroblastes et les cellules mésenchymateuses mais aussi un inhibiteur puissant de la prolifération épithéliale [Roberts 1993]. Ce facteur peut aussi réguler la synthèse et la dégradation de la matrice extracellulaire et peut induire l’apoptose. Il est aussi capable de réguler la production du bFGF-2, connu pour être un facteur de croissance autocrine des cellules prostatiques stromales [Story 1993]. Une augmentation durant l’HBP de l’expression de TGF-ß1 exprimé par les cellules stromales prostatiques normales, pourrait augmenter le compartiment des cellules stromales comme il l’a été démontré chez la souris [Yang 1997].

KGF, membre de la famille des FGF (FGF-7] est produit par les cellules stromales prostatiques [Yan 1992]. Cependant, les récepteurs membranaires de ce KGF sont situés sur les cellules épithéliales. KGF joue un rôle direct dans les interactions mésenchyme-épithélium sous la dépendance des androgènes pour le développement des vésicules séminales. [Alarid 1994]. Des défauts de synthèse du KGF stromal ou du récepteur épithélial du KGF peut induire la prolifération des cellules épithéliales. Cette hypothèse a été démontrée par l’étude de Kitsberg sur des souris transgéniques ayant une surexpression de KGF et qui développe une hyperplasie prostatique atypique [Kitsberg 1996]. De plus, le FGF-10, un homologue du FGF-7 est surexprimé dans la prostate de rat au niveau des cellules stromales ayant pour origine le muscle lisse [Lu 1999, Nakano 1999]. L’expression du FGF-10 peut être augmentée par les androgènes et pourrait avoir un effet mitogène sur l’épithélium prostatique.

Une étude sur l’animal met en évidence que les facteurs FGF-like pourraient être impliqués dans l’étiologie de l’HBP. Des souris transgéniques exprimant le int2/FGF-3 ont une hyperplasie épithéliale dépendante des androgènes, similaire à celle observée chez l’homme ou le chien [Tutrone 1993]. Le rôle du bFGF dans l’HBP vient de Begun qui a démontré une augmentation de 2 à 3 fois du niveau d’expression du bFGF dans l’HBP par rapport aux glandes prostatiques normales [Begun 1995]. Jusqu’à aujourd’hui, il s’agit de la seule étude ayant démontré une modification des niveaux d’expression de facteurs de croissance dans l’HBP par rapport au tissu normal.

7 – Rôle potentiel des cellules prostatiques inflammatoires

Une autre source de facteurs de croissance de l’HBP humaine pourrait être liée à la présence fréquente de cellules inflammatoires. Theyer rapport une infiltration massive des lymphocytes T activés dans le tissu prostatique [Theyer 1992]. Les lymphocytes T présents dans les tumeurs ou dans le sang périphérique sont connus pour pouvoir exprimé le VEGF (vascular endothelial growth factor), un puissant mitogène mais aussi d’autres facteurs comme HB-EGF and bFGF\FGF-2 [Blotnik 1994, Freeman 1995]. La présence de cellules lymphocytaires pourrait jouer un rôle dans l’hyperplasie stromale et épithéliale par le biais de puissants mitogènes.

8 – Facteurs génétiques et familiaux

L’HBP pourrait être une maladie familiale. Sanda et al, sur une étude rétrospective de cas-témoin des patients traités chirurgicalement pour HBP par rapport à des patients contrôles [Sanda 1994]. Il semble exister un lien familial avec un risque de 4,2 (intervalle de confiance à 95% de 1,7 à 10,2). L’HBP pourrait être rapporté à une forme familiale dans 50% des cas des patients traités par adénomectomie et dont l’âge est inférieur à 60 ans, mais seulement 6% des cas peuvent être rapportés à une forme familiale quand l’âge était supérieur à 60 ans. Les vraix jumeaux ont un taux de concordance plus élevé que les faux jumeaux [Partin 1994].

Dans une étude de cohorte de plus de 2 000 hommes, Robert et al ont montré un risque élevé de signes fonctionnels urinaires modérés à élevés chez les hommes ayant dans leur famille des hommes atteints d’HBP par rapport aux hommes n’ayant aucun antécédent familial prostatique [Roberts 1997]. L’analyse des patients ayant été inclus dans l’étude aux Etats-Unis sur le finastéride a identifié 69 hommes ayant 3 ou plus membres de leur famille atteinte de l’HBP [Sanda 1996]. En cas d’HBP familiale, les prostates ont un volume prostatique élevé de 82,7 ml contre 55,5 chez les patients atteints de forme sporadique. Les taux d’androgènes sériques et de réponse à l’inhibition par l’inhibiteur de la 5a-réductase sont identiques dans les 2 groupes de patients.

Ces 2 études suggèrent donc la présence de forme familiale d’HBP et de gène prédisposant à cette pathologie. Des études génétiques ont été réalisées et impliquent des mutations de l’ADN, des hypométhylation de l’ADN, des anomalies de l’expression de protéines de la matrice nucléaire, des polymorphismes, et des anomalies du gène WT-1 [Meikle 1997, Meikle 1999, White 1990, Bedford 1987, Habuchi 2000a, Konishi 1997, Werley 1996, Dong 1997]. Cependant, aucun gène n’a clairement été mis en cause dans les formes familiales ou dans les formes sporadiques de l’HBP.

9 – Autres facteurs

Les androgènes et les facteurs de croissance ne sont pas les seuls impliqués dans le développement de l’HBP. Toutes les prostates de mammifères sont exposées à la testostérone, la DHT et des facteurs de croissance mais seules les prostates du chien et de l’homme développent une HBP. Un autre organe glandulaire dépendant de la présence d’androgènes pour se développer ne va pas présenter d’HBP : les vésicules séminales. D’autres facteurs sont donc nécessaires pour voir se développer une HBP. Des substances non androgéniques secrétées par le testicule pourraient jouer une rôle [Darras 1992, Dalton 1990]. Les rats non castrés et supplémentés en androgènes exogènes vont développer de façon plus importante leurs prostates par rapport aux rats castrés et supplémentés. Sutkowski et al ont démontré que le contenu d’une spermatocèle a une action mitogène importante sur les cellules épithéliales prostatiques et les cellules stromales en culture [Sutkowski 1993]. Des résultats similaires ont été obtenus chez des chiens castrés versus non castrés traités par des androgènes exogènes et une combinaison de testostérone/oestradiol [Juniewicz 1994]. En plus de l’augmentation du poids de la prostate, l’incidence histologique d’HBP était augmentée chez les chiens n’ayant pas été castrés. Grayhack semble avoir identifié une substance putative qui pourrait être expliqué ce phénomène [Grayhack 1998].

La prolactine a souvent été présentée comme pouvant jouer un rôle dans l’HBP par ses effets bien connus sur les cellules prostatiques in vitro. Les souris transgéniques surexprimant le gène de la prolactine ont une prostate plus importante [Wennbo 1997]. Cependant, malgré la présence de récepteurs de la prolactine au niveau des cellules prostatiques humaines et le faible taux de prolactine sérique, le rôle de cette hormone dans l’HBP humaine n’est pas encore démontré.

10 – Etude du profil d’expression des gènes liés à l’HBP par micropuces à ADNcomplémentaire

Dans la littérature, les équipes ayant utilisé la technologie des micropuces à ADNcomplémentaire dans l’HBP ne sont pas nombreuses [Bubendorf 1999, Bull 2001, Dhanasekaran 2001, Luo 2002, Dillner 2002, Burger 2002, Chakrabarti 2002]. La plupart d’entre elles se sont servies d’échantillons d’HBP comme contrôle avec la prostate normale pour étudier le profil des gènes du cancer de la prostate.

Chakrabarti et al ont étudié les modifications phénotypiques liées au développement du cancer de la prostate en comparant des lignées cellulaires tumorales ou d’HBP. Les résultats montrent que plusieurs gènes impliqués dans le cytosquelette sont modifiés [Chakrabarti 2002].

La comparaison de 17 cancers de la prostate et de 11 HBP par Burger et al met en avant 2 gènes (la delta caténine et le PSMA) pour lesquels il existe une surexpression dans le cancer de la prostate alors que la majorité des HBP n’exprime pas ces gènes [Burger 2002].

Le groupe de Isaacs a compare les profils d’expression génique de 9 tissus d’HBP par rapport à 12 tissus prostatiques normaux par micropuces contenant 6 500 gènes: 76 gènes ont des expressions statistiquement différentes entre ces 2 groupes de tissus prostatiques [Luo 2002]. Les gènes dont l’expression est augmentée dans l’HBP incluent des facteurs de croissance et leurs protéines porteuses (IGF-1 et -2, TGF-béta3, BMP5, TGF-bétaBP1 et BP2), des protéases et des inhibiteurs des protéases tells que la MMP2, l’alpha-2-macroglobuline), des enzymes du stress (Cox2, GSTM5) et des molécules des matrices extracellulaires (laminine alph4 et béta1, lumican, chondroitin sulfate proteoglycan 2). Les gènes dont l’expression est diminuée dans l’HBP sont moins décrits tels que le transcription factor KLF4, la thrombospondine 4, la nitric oxide synthase 2A, la transglutaminase 3, et le gastrin releasing peptide. La validation de l’importance de ces gènes reste à réaliser par la détermination des niveaux des ARNm et des protéines ainsi que de vérifier leur intérêt clinique.

Etudes préliminaires

La collaboration entre le Dr M. Rubin et le Dr de la Taille a débuté depuis 5 ans par l’étude de biomarqueurs dans le cancer de la prostate [de la Taille 2003b, de la Taille 2003a, de la Taille 2000, de la Taille 1999a, de la Taille 1999b, de la Taille 1999c, de la Taille 1999d, Rubin 1999, Rubin 1998]. Le but du groupe du Dr A. de la Taille est la mise en évidence des biomarqueurs impliqués dans l’acquisition du phénotype de résistance au traitement hormonal [de la Taille 2000]. Le laboratoire du Dr Mark Rubin a jusqu’à présent focalisé ses recherches sur le cancer de la prostate en utilisant les nouvelles technologies de micropuces à ADNcomplémentaire, de TMA et des protéomes. Plusieurs découvertes fondamentales ont été réalisées et ont fait l’objet de publications dans des revues scientifiques de niveau international. La force de ces travaux a été de coupler la recherche rapide mais extrêmement larde par les micropuces à ADNcomplémentaire à une banque de TMA et de données cliniques permettant de définir rapidement si la protéine des gènes semblant prometteurs par la première méthode avait une signification clinique.

Représentation schématique de l’utilisation de la banque de tissus prostatiques pour la réalisation du projet.
A : histologiquement les zones à prélever sont localisées microscopiquement en différenciant la prostate normale, l’HBP et le cancer.
B : après dissection des tissus congelés, les ADNcomplémentaires sont analysées selon la technique des micropuces permettant l’étude de milliers de gènes.
C : après hybridation, les micropuces sont analysées par scanner et la fluorescence est déterminée pour chaque gène.
D : les différences entre les différents gènes sont analysées par ordinateur.
E : parallèlement, les zones de tissus prostatiques sur blocs de paraffine sont prélevées sous forme de carotte puis transférer dans un bloc de paraffine classique.
F : l’anticorps dirigé contre la protéine du gène semblant important par la technique des micropuces est utilisé par une technique simple d’immunohistochimie.
G : chaque spot est ensuite scanné et lu par un anatomopathologiste. Un ordinateur est alors utilisé afin de confronter les données cliniques aux observations de l’immunohistochimie.

Dans le cancer de la prostate, 3 nouveaux biomarqueurs ont été découverts : l’hepsin, Pim-1 et AMACR [ Chen 2003, Dhanasekaran 2001,Kuefer 2002, Luo 2002b, Magee 2001, Rubin 2002a, Srikantan 2002, Zheng 2002, Zhou 2002]. Bien que ces marqueurs aient trouvé un intérêt clinique dans le cancer de la prostate, leurs découvertes ont été possibles par l’étude de l’expression génétique de différents tissus prostatiques incluant des HBP. Cette technologie, complètement maîtrisée, sera utilisée pour la recherche des biomarqueurs de l’HBP. Combinant cette approche avec les tissus microarrays, nous pourrons valider simultanément l’intérêt pratique de ces biomarqueurs sur les banques de TMA (Tissue MicroArray) comprenant des centaines de patients stratifiés par âge, niveau de PSA et statut symptomatique.

Identifier des gènes permettant de distinguer HBP et cancer est indispensable à la découverte de nouveaux biomarqueurs. La comparaison de l’expression génétique de 16 échantillons d’HBP et de 33 cancers prostatique a été réalisée. Une nouvelle micropuce à ADNcomplémentaire a été par ailleurs été créé avec 18 cas de résection transurétrale, 10 cas de prostatectomie radicale, 1 cas d’adénomectomie, 10 cas de cancer métastatique hormonorésistant et un cas de prostate normale prélevé chez un patient décédé de mort cérébrale. Par micropuces à ADNcomplémentaire couplées à une analyse bioinformatique, 59 gènes important ont été mis en évidence pour l’HBP. Comparés au cancer de prostate, 46 gènes étaient surexprimés et 13 ont une expression diminuée dans l’HBP. Deux gènes ont été plus particulièrement étudié : EPAS-1 et gelsolin dont les expressions étaient augmentées. EPAS 1 l’était dans 15 des 16 échantillons d’HBP, et gelsolin dans les 16 cas. Cette différence d’expression par rapport au cancer était statistiquement significative (p<0.001 pour les 2). L’immunohistochimie utilisant des anticorps contre gelsolin a mis en évidence un signal modéré à intense dans les HBP ayant une prédominance stromale. Un signal moins intense était observé dans le compartiment épithélial de l’HBP et du cancer. Au test ANOVA, il existait une différence d’expression de gelsolin statistiquement significative aussi bien entre le stroma et l’épithélium d’HBP (p<0.0001) qu’entre le stroma d’HBP et de cancer p<0.0001). EPAS s’exprimait de façon intense à modérée dans 51% des cas de cancer. Le signal était moins marqué aussi bien dans le stroma que dans l’épithélium d’HBP.

Ce travail préliminaire a identifié 59 gènes distinguant l’HBP du cancer. Deux d’entre eux, gelsolin et EPAS-1, ont été analysés comme étant hyper exprimés dans l’HBP par rapport au cancer. Au niveau protéique, seule l’expression de gelsolin est augmentée dans l’HBP. Gelsolin est une actin-binding proteine considérée comme ayant une activité d’anti apoptose.

Identification des gènes associés à l’HBP.
A : résultat de micropuces à ADNcomplémentaire comparant des gènes exprimés par le cancer de la prostate et ceux exprimés par l’HBP. Les gènes surexprimés sont en rouge et ceux dont l’expression est diminuée sont en vert.
B : L’étude statistique a sélectionné 59 gènes. Quarante-six étaient surexprimés alors que 13 avaient une expression diminuée. Deux gènes surexprimés était la gelsolin et l’EPAS-1 (endothelial PAS-1).
C : Comparaison de l’expression des ADNcomplémentaires dans l’HBP et le cancer de la gelsolin montrant une augmentation de ce gène de façon statistiquement significative dans l’HBP (p<0,001).
D : l’immunohistochimie sur TMA montre une expression modérée et forte de la gelsolin dans 17% des cas d’HBP ayant une forte prédominance stromale (BPH-S). Un plus faible immunomarquage est observé en cas d’HBP présentant une prédominance de tissu épithélial (BPH-E) et en cas de cancer (PCa).
E : La protéine gelsolin a été étudiée sur une large population : les HBP ayant une prédominance de stroma ont une expression plus élevée de la gelsolin par rapport aux HBP ayant une prédominance de cellules épithéliales ou par rapport au cancer de la prostate (p<0,001).

Objectifs

Nous espérons identifier des groupes de gènes sur ou sous exprimés chez des patients porteur d’HBP symptomatique. Ces gènes seront distingués de ceux présents dans les tissus cancéreux. Les gènes les plus significativement dérégulés seront explorés de façon complémentaire par une mesure de leurs niveaux protéiques et d’ARNm sur Northern et Western Blot. Nous espérons par ailleurs définir des sous classes d’HBP basées sur des études histologiques préalables telles que la prédominance de l’hypertrophie stromale ou épithéliale. Ces gènes fourniront une base de travail pour réaliser des biomarqueurs tissulaires de l’HBP.

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