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dernière révision: 15/10/2003

PRESIDENT DU CONGRES DE L’AFU 2003: Professeur Clément-Claude ABBOU

Témoin et acteur d’une époque

Tout Président du congrès de l’Association Française d’Urologie donne le témoignage d’une période d’une trentaine d’années de vie au sein de l’urologie française.
Il évoque habituellement l’héritage de ses maîtres mais aussi de la période pendant laquelle il a été un des acteurs des progrès qui ont été effectués.


Tout d’abord quelques lignes personnelles pour rappeler 3 grands moments.

  • Le premier, c’est celui de mon intégration à l’âge de douze ans au sein de mon lycée parisien Jacques Decourt alors que j’ai subi la vague d’immigration liée à l’indépendance de l’Afrique du Nord. La chaleur humaine perçue à ce moment m’a permis de m’intégrer sans aucune difficulté en cours d’année scolaire. Ceci reste un symbole important pour moi qui prouve combien notre pays sait comment intégrer des populations nouvelles à conditions bien entendu que celles-ci acceptent la loi républicaine établie en 1905.
  • Le deuxième était le choix de la médecine. Matheux totalement convaincu et inscrit à la préparation au concours des grandes écoles, j’ai brusquement décidé de faire de la médecine donc de passer des sciences exactes aux sciences humaines à la suite d’un coup de foudre pour tout ce que pouvait apporter de mystérieux « la connaissance de la vie et en particulier des nouveaux aspects de la biologie ».
  • Le troisième de l’urologie. Nommé à l’internat à la suite des évènements de 1968 je ne souhaitais pas à priori faire de la chirurgie du fait du caractère épouvantable en salle d’opération d’un des chirurgiens que j’ai pu côtoyer en tant qu’externe. Un de mes amis m’a incité à venir faire un stage avec lui à l’Hôpital de la Croix Saint-Simon chez Louis RENE où j’ai découvert un monde d’une qualité exceptionnelle qui m’a passionné pour la chirurgie et m’a introduit auprès de Jean Paul CACHERA alors responsable de l’unité de recherche chirurgicale de l’hôpital Broussais. J’ai alors rencontré également Jean AUVERT et la boucle s’est refermé dans l’orientation urologique et la recherche chirurgicale.

L’histoire urologique a évolué par vagues successives. Les méandres de l’évolution de notre discipline de 1970 à nos jours ont changé notre métier.

Les années 70 : Endoscopie – Greffe – prothèses – Entérocystoplastie – ces années folles en progrès ne pouvaient entraîner que passion pour l’urologie.

La première image que j’ai eue de l’urologie dans les années 1973 était celle de la révolution endoscopique où l’adénectomie par voie haute a progressivement laissé sa place à la résection endoscopique.
Au cours des combats entre les deux clans chirurgie mini-invasive contre chirurgie ouverte qui se sont formés, je n’oublierai jamais la fameuse phrase d’un des protagonistes de la voie ouverte disant que l’urètre n’était pas l’autoroute de l’urologue. On connaît la suite de l’histoire.

Au cours de cette même période une autre révolution était en train de naître, celle des prothèses de l’appareil urinaire. Dans notre équipe de recherche nous avions développé plusieurs types de prothèses (sphincter artificiel, uretère, vessie, urètre). Toutes ces prothèses ont donné des résultats intéressants chez l’animal et même chez l’homme, mais seulement deux d’entres elles pouvaient véritablement être retenues rapidement, le sphincter artificiel qui a finalement été dominé par les modèles AMS et la prothèse d’uretère. Nous avions développé un modèle de prothèse urétérale hautement sophistiqué pompant mais il s’agissait d’une chirurgie invasive qui a été brusquement écartée par l’invention de l’endoprothèse double J non invasive qui a totalement révolutionné les techniques urologiques.


Le troisième domaine chaud des années 70 était celui du développement de la transplantation rénale. Plusieurs équipes allaient avoir un développement important. Nous en étions. Hautement impliqué grâce à Jean AUVERT, Jean-Paul CACHERIN, Bertrand WEIL et au séjour d’un an à « Mac Gill » à Montréal. Cette activité a pu se développer dans de bonnes conditions avec des relations uro-néphrologiques tout à fait heureuses.

Cette vague des années 70 a progressivement transformé l’image de l’urologie lorsque la vague suivante celle de la cystectomie avec remplacement réalisé par CAMAY est survenue au cours des années qui ont suivis. Cette vague a donné une énorme bouffée d’oxygène à l’urologie française qui a vu sa réputation reconnue dans le monde.


Les années 80 : NLPC – Lithotripsie – Coelioscopie – la révolution mini-invasive.

La vague suivante a été celle des années 80 a été d’une efficacité inouïe. En 1982 est née la néphrolithotomie percutanée qui a transformé la chirurgie de la lithiase. La voie ouverte chirurgicale devait céder le pas à la chirurgie mini-invasive grâce à la percutanée. LEDUC a su introduire cette technique en France et notre équipe s’est immédiatement orientée dans cette direction. Cette vague n’a duré que deux ans et en 1984 la chirurgie mini invasive de la lithiase a cédé le pas à la chirurgie non invasive grâce à la lithotripsie extracorporelle. On est donc passé en deux ans à la chirurgie ouverte à la chirurgie mini invasive puis à la chirurgie non invasive. Il s’agit d’un exemple formidable des accélérations possibles dans l’histoire de la chirurgie. Cette aventure a ébranlé le monde entier tant la chirurgie de la lithiase représente une part importante de l’activité de l’urologue.

Malgré cette accélération, l’expérience percutanée allait transformer la vision qu’on pouvait avoir dans l’endoscopie qui devenait maintenant une véritable technique chirurgicale permettant de pénétrer au sein de l’organe et de l’opérer sans forcément suivre les voies naturelles. En quelques années le matériel endoscopique allait être modifié de manière considérable permettant très rapidement vers les années 84 de réaliser des curages ganglionnaires et de petites interventions par voie laparoscopique.
En 1987 la cholecystectomie allait révolutionner la chirurgie générale et en 1991 la première néphrectomie réalisée par CLAYMAN allait transformer l’urologie.

Les années 90 : La révolution laparoscopique.

Une nouvelle vague très violente est donc maintenant en train d’apparaître, celle de la chirurgie laparoscopique. Une résistance énorme allait apparaître contre ce développement. La chirurgie ouverte avait créé des techniques standardisées reproductibles, faciles à enseigner et à contrôler. Les techniques laparoscopiques étaient encore aléatoires, augmentaient la durée opératoire, augmentaient la fréquence des complications et, étaient difficiles à enseigner.

Il s’agissait d’un véritable défi, fallait-il ou non croire au développement de la chirurgie laparoscopique et fallait-il ou non s’impliquer pour participer activement à ce développement. Nous avons répondu immédiatement positivement, nous avons donc avec notre équipe mais également avec Richard GASTON, Thierry PIECHAUD, Guy VALLENCIEN et Bertrand GUILLONEAU participés très activement au développement des techniques en France ce qui nous a permis de donner à la chirurgie urologique française un blason international indiscutable. Ce blason a entraîné un déferlement d’équipes étrangères connues vers nos hôpitaux et un déferlement de nos équipes dans un très grand nombre de pays.

Nous avons été accepté sans réserve dans les clubs jusque là très fermés de l’endoscopie et surtout du cancer de la prostate. Nous avons développé toutes les communications possibles grâce aux retransmissions par satellite et les réseaux téléphoniques et par nos propres déplacements.

Nous avons reçu de nombreux prix possibles mais également toutes les critiques possibles de la part de ceux qui reprochent tout à la chirurgie laparoscopique. Ces conflits m’ont rappelés ceux de la résection endoscopique des années 70 et surtout la fameuse phrase « l’urètre n’est pas l’autoroute de l’urologue ». La voie endoscopique est inéluctable, il est impossible de dire si les techniques non invasive supplanteront rapidement les prouesses de la chirurgie laparoscopique mais il est clair que jusqu’à présent la chirurgie laparoscopique tient bon.
La robotique au cours des années 2000 devait compléter les possibilités de la chirurgie laparoscopique et faciliter l’accès aux urologues non expérimentés en laparoscopie.


Pour son développement il a fallut également repenser aux techniques d’enseignement. Il était clairement établit que trois paramètres étaient essentiels :

  1. acquisition des gestes qu’il fallait obtenir dans des boites puis chez l’animal, éventuellement sur cadavre,
  2. acquisition des techniques en observant des vidéos ou en observant des interventions,
  3. compétence chirurgicale qui ne pouvait s’obtenir qu’en salle d’opération après avoir aidé de multiples fois puis en réalisant soi même.


Toutes ces stratégies ont entraîné des réflexions multiples dans les groupes moteurs dont nous sommes, les cours de chirurgie laparoscopique se sont développés, notre équipe a accueilli plus de la moitié des urologues français au cours de ces formations donnant accès à un Diplôme Inter Universitaire.

De nouvelles voies viendront très probablement dans le futur aider les techniques d’enseignements comme la chirurgie virtuelle permettant de répéter des gestes sur son ordinateur et de s’auto évaluer.

Que nous réserve le futur ?
Un nouveau domaine qui est la futurologie doit permettre de s’investir sur le futur de notre discipline sans attendre que ce futur ne soit imposé par d’autres.

La vie au sein de notre association pendant cette période a joué un rôle fondamental.

Si les progrès scientifiques sont liés à des actions de certaines équipes motivées, l’AFU devait permettre de discuter ces progrès de les favoriser le cas échéants à la fois au plan scientifique et politique. Le renaissance de l’AFU dans les années 80 avec en particulier la création des comités et le développement des actions associatives allaient dans ce sens.

Notre équipe a participé sous l’impulsion de F. RICHARD, G.VALLENCIEN et avec B. LOBEL au développement du comité de cancérologie.
Ce modèle a servie aux comités naissants.
Plus récemment grâce au conseil scientifique ; un collège des comités donnant accès à une veille scientifique, est né débutant une autre histoire vécu grâce au CA actuel sous l’impulsion de Ph. MANGIN et de P. COLOBY.


Témoin et acteur d’une époque, on peut qu’espérer que notre génération de soixante huitard en urologie laissera l’idée d’une génération active qui a laissé des traces.